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Le casse-tête de la reprise des concerts à la suite du décret du 27 juillet 2020

Mis à jour : 13 août 2020


Si les artistes et leur public se réjouissaient de la perspective de concerts à la rentrée depuis la parution du décret du 27 juillet dernier, la réalité risque d’être bien différente.

Le décret n°2020-911 du 27 juillet 2020 modifiant le décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire et dans ceux où il a été prorogé a de nouveau autorisé, après plusieurs mois d’interdiction, les rassemblements de plus de 5 000 personnes à partir du 1er septembre 2020, et dès le 15 août sur autorisation préfectorale.


La dérogation peut être accordée par le préfet seulement après l’analyse de différents facteurs de risque et notamment :


« 1° De la situation sanitaire générale et de celle des territoires concernés ;

2° Des mesures mises en œuvre par l'organisateur afin de garantir le respect des dispositions de l'article 1er ;

3° Des dispositions spécifiquement prises par l'organisateur afin de prévenir les risques de propagation du virus propres à l'évènement concerné au-delà de 5 000 personnes. »


La possibilité de réorganiser des concerts, si elle a dans un premier temps soulagé les acteurs de l’industrie du spectacle sévèrement touchée par la crise sanitaire que nous connaissons depuis près de six mois, a fait naître de nombreuses inquiétudes. Comment organiser un évènement rassemblant plus de 5.000 personnes tout en s’assurant de suivre les recommandations gouvernementales relatives à la distanciation sociale ou au port du masque désormais obligatoire dans les lieux clos ?


Dans un point de situation adressé aux professionnels de la Culture le 4 août, le ministère de la Culture a précisé les conditions dans lesquelles la tenue de concerts rassemblant plus de 5 000 personnes sera possible : « Pour tout spectacle (…), la configuration assise du public reste la norme ; la distanciation d’un siège entre deux personnes ou groupes de personnes venant ou ayant réservé ensemble demeure également requise ; enfin, le masque, obligatoire pour entrer et déambuler dans les espaces intérieurs, reste recommandé lorsque le spectateur est assis à sa place. »


Pour la plupart des professionnels du secteur, ces exigences rendent en réalité impossible la reprise des concerts au mois de septembre.


En effet, les nouvelles règles impliquent d’interdire l’accès aux concerts aux spectateurs qui devaient être debout dans la fosse et à environ un tiers des spectateurs assis pour assurer le respect de la distanciation d’un siège entre deux personnes ou groupes de personnes. Se pose alors la question de la sélection des spectateurs qui peuvent assister au concert. C’est ce qu’a souligné le chanteur Matt Pokora – déjà contraint de reporter les dates de sa tournée à plusieurs reprises - sur son compte Instagram il y a quelques jours : « votre règle du siège d’écart est impossible à mettre en place quand les billets sont tous vendus depuis des mois. On fait comment pour savoir qui a acheté telle ou telle place, qui est en groupe et qui ne l’est pas ? On va rechercher les gens dans la nature ? C’est n’importe quoi... ».


Pour autant que la règle du siège d’écart soit respectée, il faut également organiser le replacement des spectateurs sélectionnés qui doivent accepter d’être assis à des places différentes, voire dans des catégories différentes de celles choisies lors de l’achat de leur billet.


Par ailleurs, ce sont généralement les concerts rassemblant plus de 5 000 personnes qui accueillent une grande partie des spectateurs debout dans une fosse. Beaucoup de concerts ne pourront donc se tenir du fait de l’interdiction de ce type de configuration.


S’ajoutent à ces difficultés pratiques de lourdes conséquences financières. En effet, comme l’explique Pierre-Alexandre Vertadier, producteur de concerts, la suppression des places debout et la règle du siège d’écart permettent un remplissage des salles inférieur à 70% de leur capacité alors que le seuil de rentabilité est atteint à 75%-80%[1].

Faute de pouvoir être réorganisés à la rentrée, de nombreux concerts devront donc être reportés. Mais le climat d’incertitude régnant depuis des mois ne permet pas d’arrêter de dates précises.


D’un point de vue contractuel, cette autorisation impossible à mettre en œuvre pose également question : peut-on toujours annuler une prestation pour un cas de force majeure quand celle-ci est en principe autorisée et en théorie possible à mettre en œuvre ? Jusqu’à présent, l’interdiction pure et simple des rassemblements de plus de 5.000 personnes avait au moins le mérite de la clarté pour les parties concernées (producteur de spectacle, exploitant de salle, artistes…). Comment vont-elles s’arranger désormais pour compenser les pertes liées à des spectacles plus coûteux et à des salles à moitié vides ?


Ce flou persistant a été alimenté par les récentes annonces du Gouvernement que dénonce la profession et notamment Arnaud Meersseman, producteur du festival Rock en Seine[2]. Beaucoup auraient préféré à cette autorisation de reprise des concerts une interdiction claire même si elle aurait encore aggravé une situation déjà très préoccupante (le secteur du spectacle vivant connaissant une baisse de 72% de son chiffre d’affaires depuis le début de la crise).


Le Prodiss (Syndicat national du spectacle musical et de variété) qui a préparé des protocoles pour accueillir des spectateurs debout selon la jauge habituelle de trois personnes au mètre carré se montre plus optimiste et reste persuadé qu’il est possible que des concerts se tiennent à la rentrée dans le respect des règles sanitaires.


Tous attendent donc avec impatience de nouvelles précisions sur l’évolution des mesures sanitaires … sous réserve que ce calendrier ne soit pas à nouveau bouleversé par une reprise de l’épidémie sur le territoire français. Alors qu'il était initialement programmé que la limite de 5.000 personnes serait levée le 1er septembre, voire dès le 15 août sur décision préfectorale, le ministère s'est finalement montré plus prudent dans ses annonces, alors que le premier Ministre a annoncé le 11 août la prolongation de l'interdiction jusqu'au 30 octobre (toujours sous réserve d'une autorisation exceptionnelle de la préfecture)[3].



(mis à jour le 11 août 2020)







[1] Pierre-Alexandre Vertadier: «Il n’y aura quasiment aucun concert à la rentrée », Par Léna Lutaud, Le Figaro (https://www.lefigaro.fr/musique/pierre-alexandre-vertadier-il-n-y-aura-quasiment-aucun-concert-a-la-rentree-20200805 ) [2] « L’incertitude persistante pour le spectacle vivant - Le secteur culturel le plus touché par la crise sanitaire ne voit toujours pas comment il pourra redémarrer son activité », par Stéphane Davet et Sandrine Blanchard, Le Monde (https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/08/06/l-incertitude-persistante-pour-le-spectacle-vivant_6048246_3246.html ) [3] Concerts et manifestations de plus de 5000 personnes : le ministère de la Culture rétropédale: "https://www.lefigaro.fr/culture/concerts-et-manifestations-de-plus-de-5000-personnes-le-ministere-de-la-culture-retropedale-20200806« L'interdiction des événements de plus de 5000 personnes prolongée jusqu'au 30 octobre », Le Figaro : https://www.lefigaro.fr/culture/l-interdiction-des-evenements-de-plus-de-5000-personnes-prolongees-jusqu-au-30-octobre-par-jean-castex-20200811

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